Cinéphile m'était conté ...

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Guirlande de vieux films (Mai/3)

Remontons les Champs-Elysées, Sacha Guitry, 1938

Un professeur entreprend de raconter à ses élèves l'histoire des Champs-Elysées, en partant de la Concorde en 1617 pour aboutir à l'Etoile en 1938. D'aucuns considèrent Remontons les Champs-Elysées comme la meilleure entreprise de Guitry dans le domaine de la fantaisie historique, le film n'étant pas phagocyté, comme après la guerre, par la surabondance de vedettes à l'écran. Peut-être, c'est un point de vue,  mais le fait est que ce cher Sacha traite ici assez peu son sujet lui préférant l'Histoire de France avec un grand H (une grande hache ?) et principalement celle de ses dirigeants, rois et empereurs. Qu'y a t-il dans le film ? Une volée d'anecdotes, une multitude de bons mots et un drôle de scénario qui mêle faits plus ou moins véridiques et une saga familiale hautement improbable. Divertissant mais sans grands enjeux. Dans cette leçon d'histoire, il y a l'amour de la France et de son riche passé et une gaieté qui semble parfois forcée (nous sommes en 1938). Guitry retournera dans cette veine en nous contant Versailles et Paris mais ce ne sont pas dans ces spectacles, certes pittoresques et amusants, que l'on trouve le meilleur de son oeuvre.

 

5 tulipes rouges, Jean Stelli, 1948

Plusieurs coureurs sont assassinés sur le Tour de France. Une journaliste et un inspecteur de police mènent l'enquête. Peur bleue et maillot jaune : les coureurs du film, bien que fictifs, empruntent le véritable itinéraire du Tour 1948 qui fut remporté par le grand Gino Bartali. Le tournage a pu se faire sur chaque étape, sans doute juste avant la véritable course, avec la foule massée sur la route et dans les vélodromes. Cela donne une ambiance authentique et les faits de course imaginaires sont eux plutôt bien filmés, nous replongeant dans une autre ère du cyclisme, à taille humaine. L'aspect policier est loin d'être trépidant avec un scénario qui ressemble assez au Dernier des six de Lacombe et Clouzot. Mais le duo fermé par Suzanne Dehelly et Jean Brochard est très pittoresque et le reste de l'interprétation est correcte même si l'âge de certains des supposés coureurs semble parfois bien élevé.

 

Angèle, Marcel Pagnol, 1934

Angèle, fille unique d'un couple de paysans, suit à Marseille un bellâtre qui l'a séduite. Un valet de ferme la ramènera chez elle, avec un enfant sous le bras. Premier grand film de Pagnol, Angèle est adapté de Giono qui criera à la trahison. Ce mélodrame provençal possède un argument assez mince que le réalisateur transforme par sa science des dialogues et du découpage narratif et surtout son humanisme où le pardon et la résilience sont primordiaux (notons tout de même la quantité de femmes "pécheresses" dans son oeuvre). L'antagonisme campagne/ville y est bien entendu comme souvent chez lui très présent. Le film pâtit malgré tout d'une inégalité de l'interprétation. Fernandel, dirigé pour la première fois par Pagnol, est remarquable de même que Edouard Delmont. En revanche, Jean Servais, presque débutant, est encore un peu tendre tandis que Oriane Demazis, bien trop âgée pour le rôle (40 ans) montre une fois de plus ses limites de comédienne. 

 

Seul dans Paris, Hervé Bromberger, 1951

En voyage de noces, un paysan est séparé de son épouse dans le métro, à cause d'un portillon automatique. Il erre dans Paris, à sa recherche. Le scénario est anecdotique mais il y avait moyen d'en tirer autre chose qu'un film pataud et sans imagination qui essaie de montrer la superficialité de la grande ville face au naturel de la campagne. On suit Bourvil dans son vague périple, d'un commissariat à la gare, en passant par des cafés, sachant qu'il finira bien par la retrouver, sa femme égarée. Hormis un épisode onirique et une fin assez émouvante et porteuse de mystère, rien de particulier à signaler, ni dans les dialogues, ni dans la mise en scène. Bourvil a rarement été aussi éteint dans un personnage mal dessiné, pas vraiment niais mais pas spécialement intelligent non plus, et pas drôle du tout, en tous cas. Deuxième rôle pour Magali Noël qui, du haut de ses 20 ans, ne fait qu'esquisser un vrai tempérament de comédienne.

 

Le club des soupirants, Maurice Gleize, 1941

Conseillé par un professeur d'amour, une quarantaine de soupirants doivent courir leur chance auprès d'une riche héritière afin d'éteindre leurs créances. Ce quatrième film de la Continental, tourné dans le sud de la France, est un nanar de première catégorie, susceptible de provoquer des fous rires pour de mauvaises raisons. A ce degré d'absurdité dans le scénario, c'est du grand art, d'ailleurs signé Marcel Aymé. Les chansons du film sont exaspérantes de mièvrerie de même que la plupart des dialogues. En roue libre, les acteurs cabotinent sans limites : dans le cas de Fernandel, improbable chasseur de papillons, c'est assez navrant ; dans celui de l'inénarrable Saturnin Fabre, c'est plutôt réjouissant. Max Dearly, Andrex et Louise Carletti, entre autres, jouent avec davantage de sobriété. Il y eut un certain nombre de films stupides tournés sous l'Occupation. Le club des soupirants est sans doute l'un des sommets du genre.

 



27/05/2019
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